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Écoles à l'examen

Diffusion :
Jeudi vers 0 h 30
Rediffusion :
Aucune rediffusion
Durée :
60 minutes

Du 22 juin au 10 septembre

What?

En 2011, le gouvernement Charest avait annoncé que toutes les écoles primaires devraient offrir l'enseignement de l'anglais intensif en sixième année (soit 400 heures d'anglais), à compter de l'année scolaire 2015-2016.

Ce programme, déjà bien connu des écoles québécoises (12 % des écoles l'offraient déjà avant l'annonce), condense l'enseignement des matières régulières en 5 mois plutôt que 10, pour permettre un environnement immersif dans la deuxième moitié de l'année scolaire. L’anglais y est enseigné par des enseignants d’anglais qualifiés et les matières de base par les titulaires de 6e année déjà en poste. Il ne s’agit pas à proprement parler d’immersion, car en immersion, toutes les matières sont données dans la langue seconde pendant un certain temps. Au Québec, la loi fait que seul l’anglais peut être enseigné en anglais. Il faut donc se limiter à quelques mois d’anglais intensif pendant lesquels on n’enseigne pas les autres matières.

L'annonce du gouvernement libéral avait soulevé controverse et inquiétude, notamment dans le corps enseignant, qui déplorait l'absence de consultation du gouvernement et le manque de souplesse du règlement. En mars 2013, le gouvernement péquiste a levé l'obligation d'implanter le programme, qui devient facultatif.

L'expérience des écoles et commissions scolaires qui offrent déjà le programme semble plutôt positive. Et selon des consultations menées par la Fédération des comités de parents du Québec auprès de ses membres, une majorité des parents d'élèves sont pour l'anglais intensif en sixième année. Sur son site internet, le MELS présente les conclusions de plusieurs études qui démontrent que l'anglais intensif ne compromet pas la réussite des élèves dans les autres matières et que ceux-ci maîtrisent mieux et plus vite une langue seconde lorsque son apprentissage est intensif. Mais les programmes d'anglais intensif offerts actuellement fonctionnent bien, entre autres parce qu'ils enrôlent des élèves sélectionnés sur la base de leur bon rendement scolaire.

Le milieu de l'éducation doute que ce soit une recette applicable à tous les élèves. Ce ne sont pas toutes les classes, toutes les écoles ou tous les élèves (particulièrement ceux qui ont déjà du mal à réussir) qui peuvent s'adapter à ce programme. Et plusieurs enseignants n'aiment pas l'idée de passer en 5 mois toute la matière de 6e année, une année ponctuée d'examens du Ministère qu'il faut préparer. Certains sont déterminés à quitter leur poste le jour où l'anglais intensif arrivera dans leur classe.

Pour Mélanie, enseignante en 6e année à Québec qui a déjà enseigné le programme, l’implantation de l’anglais intensif peut avoir des répercussions très négatives sur le climat de la classe. « Pour l’élève moyen, ce n’est pas vrai que si je lui en demande deux fois plus, il va m’en faire deux fois plus. De plus, ça va faire disparaître une partie de l’aspect social de l’école. On ne peut pas faire toujours juste de l’académique dans une classe, il faut parfois jaser, gérer des conflits, apprendre à travailler en équipe, se donner des méthodes de travail. Dans un rythme accéléré, l’aspect social va disparaître. Et c’est très réducteur de notre travail, c’est comme de dire qu’au fond, à partir de la mi-février jusqu’à la fin juin, je pourrais faire n’importe quoi avec mes élèves et ils réussiraient aussi bien. Travailler de façon compétente, ça ne peut pas se faire en accéléré. »

CMF-FMC