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Écoles à l'examen

Diffusion :
Jeudi vers 0 h 30
Rediffusion :
Aucune rediffusion
Durée :
60 minutes

Du 22 juin au 10 septembre

18 septembre 2013

L'école des raccrocheurs

Samir Kamel entame sa 52e année d’enseignement. C’est un prof de la vieille école : en classe, il porte le sarrau, écrit à la craie sur un tableau vert et essaie de transmettre l’amour des mathématiques à ses deux classes de 32 raccrocheurs. À l’école Marie-Anne, on a choisi de tourner le dos aux formules plus « modernes » adoptées par certaines écoles. On mise tout sur les relations humaines, l’encadrement et la force du lien entre professeurs et élèves. Et ça porte fruit  !

Fin août. Comme dans toutes les autres écoles de la province, c’est la rentrée scolaire à l’école Marie-Anne, sur le boulevard Sauvé, dans le Nord de Montréal. Mais en montant les quelques marches qui les mènent à l’intérieur, ces jeunes hommes et femmes accomplissent un pas peut-être plus grand que leurs confrères des autres écoles : ils raccrochent. Après une série de mauvais résultats scolaires ou un arrêt momentané qui les a menés loin des bancs d’école, ils s’apprêtent à poursuivre leurs études secondaires.

Le Québec est la province canadienne où le taux de décrochage scolaire est le plus élevé. Près d’un jeune sur cinq décroche et environ 30 % n’auront ni diplôme ni qualifications avant l’âge de 20 ans. À Montréal, c’est pire. La CSDM est une des quatre commissions scolaires du Québec à avoir un taux de diplomation sous la barre des 60 %.

Les investissements gouvernementaux pour la lutte au décrochage scolaire dépassent le milliard de dollars. Mais sur le terrain, la persévérance scolaire est bien plus qu’une histoire de chiffres et de cibles à atteindre. Le décrochage, c’est du cas par cas. Pour Claire Poirier, directrice de l’école depuis plusieurs années, chaque décrocheur a son histoire. À Marie-Anne, à travers un programme de tutorat, on cherche à connaître rapidement les élèves et à leur offrir le soutien personnalisé dont ils ont besoin, tout en les guidant vers un projet professionnel qui les intéresse et qui leur convient – une source de motivation très efficace.

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Samir Kamel

Professeur de mathématiques

Du haut de ses 72 ans, cet Égyptien de naissance et Montréalais depuis 1964 enseigne avec beaucoup d’aplomb aux raccrocheurs de l’école Marie-Anne. Chaque session, il enseigne à une soixantaine d’élèves l’une des matières les plus arides : les mathématiques de secondaire 3 et 4. Pour Samir Kamel, l’enseignement est une vieille passion. Après avoir enseigné dans son pays d’origine, il a repris le boulot dès son arrivée à Montréal, où il a d’abord enseigné dans des écoles secondaires régulières. Les tableaux blancs interactifs, les nouvelles technologies, les nouveaux styles d’enseignement, très peu pour lui : M. Kamel est un prof de la « vieille école ». Pour lui, ce qui importe, c’est la relation avec l’élève et l’amour de la matière. Avoir monsieur Kamel comme prof, c’est faire partie de sa famille (nombreuse – il a 6 enfants à lui) et voir les portes de sa maison s’ouvrir. Il se consacre tout entier à son métier : il passe beaucoup de temps à l’école, mais reçoit en plus certains élèves chez lui pour leur offrir des cours d’appoint. Tous ses élèves peuvent le joindre au téléphone, tout le temps. Après 52 rentrées scolaires, quand va-t-il arrêter? Sa femme souhaite que ce soit le plus tard possible. « Elle ne saurait pas quoi faire de moi à la maison! »

École Marie-Anne

Montréal

L’école Marie-Anne est l’une des deux écoles montréalaises qui accueillent exclusivement des élèves qui raccrochent. On y retrouve 1500 jeunes de 16 à 21 ans qui veulent compléter leur secondaire ou réussir les cours nécessaires pour entreprendre une formation professionnelle.

À Marie-Anne, l’élève est au cœur de tout; l’enseignement est traditionnel, et la réussite scolaire, l’objet de toutes les attentions. On a choisi de tourner le dos aux programmes spécialisés, aux ateliers divertissants, aux formules dynamiques privilégiées par certaines écoles à l’approche plus « moderne ». On a opéré un retour aux sources vers un enseignement axé sur la relation humaine. On a aussi mis sur pied un horaire particulier, qui ressemble à celui des cégeps, pour favoriser un meilleur apprentissage. On mise beaucoup sur l’encadrement des jeunes à tous les niveaux : les élèves ont un tuteur qui les accompagne toute l’année et les ressources communautaires sont déployées à même l’école pour offrir un soutien aux jeunes dans toutes les sphères de leur vie.

Matière à réflexion

Le site Une place pour toi propose des moyens et des ressources pour aider les jeunes à trouver leur place à l’école. Il s’adresse aux jeunes qui sont à risque de décrocher ou aux décrocheurs qui souhaitent retourner à l’école.

Osez les études est un service téléphonique gratuit qui offre un accompagnement en information scolaire et professionnelle. C’est un peu comme un service d’orienteur par téléphone.

Un ouvrage qui fait le point sur le problème du décrochage, met en lumière les principaux facteurs qui mènent à l’abandon scolaire et propose des recommandations pratiques et concrètes pour encourager la motivation à l'école: La motivation, un passeport pour l’avenir, Germain Duclos, Éditions du CHU Ste-Justine, 2013

Statistiques canadiennes sur le décrochage et le retour à l’école:

CMF-FMC